Celstisme et druidisme évoluent dans un magnifique entrelacement de pensées, l’un s’inspirant de l’autre.

Leurs racines puisent dans le même terreau et leurs ramures parfois se confondent s’il fallait une image pour parler d’eux cela serait la forêt avec des essences d’arbres variées, son sous bois, ses parfums et la lumière filtrée par les feuillages. Sans oublier ses habitants qui la parcourent. Ensemble, avec nous, ils cherchent l’équilibre dans le temps.

En des termes plus rationnels le druidisme ouvre une vision de verticalité à l’esprit celtique. A chacun d’y faire son chemin.

Certains cherchent sans savoir où aller, d’autres s’engagent et acceptent sans vérifier si cela est aligné avec leur vraie nature.

Le choix a été fait d’ouvrir le bosquet de Dag autour du Pays de Dabo, là il prendra racine et grandira selon les circonstances de la vie.

Tout est question de circonstances, d’adaptation et de courage, en résumé c’est l’esprit celtique dans lequel commence ce voyage.

Le nom de Dag est associé à Dagbsburri, qui devient Dabo

Chez les Celtes continentaux, le gaulois dagos signifie « bon », « favorable », « excellent ». Cette racine est bien attestée dans plusieurs anthroponymes comme Dagomarus, Dagorix, Dagillus ou Bitudaga. En revanche, aucun dieu continental portant simplement le nom de Dag n’est aujourd’hui connu par les inscriptions.

Dans les langues germaniques apparaît une autre racine, dagaz, qui désigne le jour. Elle a donné l’allemand Tag, l’anglais day, le néerlandais dag ou encore l’islandais dagur. Les textes nordiques personnifient même ce mot sous la forme de Dag, dieu du Jour, qui parcourt le ciel chaque matin sur son cheval lumineux Skinfaxi.

Il ne s’agit pas de démontrer que ces deux racines auraient une origine commune. Les linguistes les distinguent clairement. En revanche, leur proximité phonétique et leur succession historique sur un même territoire méritent d’être observées.

Avant le Ve siècle, les populations du secteur parlent encore des langues celtiques ou latines. À partir des Alamans, puis des Francs, les langues germaniques s’imposent progressivement. Si un ancien toponyme comportait déjà la syllabe Dag, sa prononciation pouvait naturellement être conservée tout en recevant une nouvelle interprétation dans la langue des nouveaux occupants.

Le phénomène est bien connu en toponymie. Lorsqu’un territoire change de langue, les habitants conservent souvent les sons qu’ils entendent depuis des générations, mais leur attribuent progressivement le sens que leur donne leur propre langue. Ainsi, un même nom peut survivre pendant des siècles tout en changeant de lecture.

C’est précisément ce qui pourrait s’être produit autour du Dagsberg. Une désignation ancienne, comprise à l’époque gauloise selon une logique propre au celtique, aurait été réinterprétée plusieurs siècles plus tard par les populations germaniques à travers le mot dag, « le jour », puis naturellement rapprochée de Dag, personnage bien connu de la mythologie nordique.

Cette hypothèse prend un relief particulier lorsqu’on observe le paysage environnant. Autour du Wuestenberg apparaissent le Wolfsberg, le Krappenfels, le Spillberg, le Hexentisch, le Kuhbergkopf, le Schneeberg ou encore le Feuerstein. Pris ensemble, ces toponymes appartiennent à un univers largement cohérent avec les traditions germaniques. Dans ce contexte, il devient compréhensible que Dag ait été spontanément associé au dieu du Jour plutôt qu’à une ancienne racine gauloise dont le sens s’était perdu.

Ainsi, sans affirmer qu’un dieu gaulois nommé Dag ait existé, ni que le Dagsberg tire avec certitude son nom de Dag, fils de Dellingr dans les Eddas, la continuité phonétique du nom, les changements de populations et la cohérence du paysage toponymique permettent d’envisager qu’un même toponyme ait connu, au fil des siècles, plusieurs lectures successives sans jamais disparaître. C’est peut-être cette permanence du nom, davantage que son origine exacte, qui constitue aujourd’hui l’élément le plus intéressant dans le choix du nom Bosquet de Dag.

Deux raisons profondes, l’ancrage au lieu et le lien avec son histoire en perpétuel adaptation aux temps modernes sans renier les traditions .

L’ancrage est ce qui caractérise une image avec son paysage, son atmosphère et son climat. ici Nous sommes dans les Vosges moyennes à la frontière de plusieurs peuples Celtes, les Triboques à l’est, les Médiomatriques à l’ouest et les Séquanes plus éloignés vers le sud.

Les massifs sont anciens avec des sommets arrondis qui dépassent rarement les 500 mètres d’altitude. Mais ne vous fiez pas à cette faible hauteur car certains versants sont abrupts. Il y a toutefois ces chemins en ligne de crête qui conduisent le randonneur sans trop d’effort d’un sommet à l’autre.

D’un côté la vue porte au delà du plateau Lorrain de l’autre elle surplombe la vallée d’Alsace.

Rien d’étonnant que ces massifs aient toujours été habités. Certaines formations rocheuses prennent la forme d’oppidum naturelle offrant une réelle sécurité à leurs occupants. La terre est pauvre mais il y a souvent des sources et des ruisseaux.

Menhirs, dolmen, pierres à cupules, pierres votives remontent à plusieurs millénaires. Certaines conservent leurs puissances de longévité, de fertilité ou de résilience.

Puis les Celtes arrivés du centre du continent s’y installent laissant derrière les traces de leur villages.

Les légendes du pays parlent de la chasse fantôme; longtemps elles ont suscité la crainte et les superstitions.

Lorsque le vent montait de la vallée de la Zorn et que les nuages s’accrochaient aux crêtes, les anciens évitaient certains passages. Depuis le Moyen Âge, les chroniqueurs évoquent une étrange chevauchée qui traverserait ces montagnes. Pourtant, la légende est certainement plus ancienne encore. Elle appartient au vieux fonds des traditions germaniques, bien avant que les récits ne soient mis par écrit.

Les habitants racontaient qu’au cœur des nuits d’automne ou d’hiver, lorsque la forêt devenait noire et que les rafales secouaient les sapins, un grondement s’élevait du côté du Wuestenberg. D’abord un souffle venu des hauteurs, puis des hurlements de loups qui déchiraient le silence. Ceux qui connaissaient les anciennes histoires savaient alors que ces cris annonçaient l’arrivée de Geri et Freki, les deux loups de Wotan. Leur plainte ouvrait la route du dieu et précédait toujours la grande chevauchée.

Quelques instants plus tard résonnaient les aboiements des chiens, le galop des chevaux, le fracas des armes et les appels d’une troupe invisible. La Chasse fantôme descendait alors des montagnes, franchissait le Wuestenberg, suivait la vallée de la Zorn et poursuivait sa course vers la plaine d’Alsace avant de disparaître dans la nuit. Personne ne cherchait à la regarder en face. On se mettait à l’abri, on attendait que le vent retombe et que le silence revienne.

À la tête de cette chevauchée apparaissait Wotan, maître des tempêtes, des guerriers et des voyageurs. Il traversait le ciel sur son cheval blanc Sleipnir, capable de franchir les montagnes, les vallées et les frontières séparant le monde des hommes de celui des dieux. Derrière lui venaient les guerriers tombés avec honneur, les Walkyries et toute cette armée invisible que le vent semblait emporter à travers les forêts.