
Les fêtes celtiques et la roue du temps
L’année s’ouvre avec Samonios, la période sombre, tout comme le nouveau jour commence avec la nuit. La roue du temps s’inspire du cycle de la nature et des saisons, elle est profondément matérialiste parce qu’elle projette dans le temps la survie de la communauté.
Plus symbolique elle évoque le cycle d’une année de projets, celui d’une vie et d’un grand cycle cosmique.
LA PERIODE SOMBRE

Sujet de la fête : l’entrée dans la période sombre, les ancêtres et le passage d’un cycle à l’autre
Samhain est le nom irlandais de la grande fête située au commencement de la période sombre. Elle est traditionnellement associée à un temps de passage durant lequel la relation entre le monde des vivants et celui des morts et des ancêtres prend une importance particulière. Le passage dans la saison sombre est ainsi également un moment de mémoire : ceux qui ont précédé la communauté demeurent symboliquement présents et participent à sa continuité.
Sur le continent, le rapprochement le plus important est Samonios, nom effectivement attesté sur le calendrier gaulois de Coligny. Celui-ci comporte notamment l’inscription TRINVX SAMONI, généralement comprise comme une mention de « trois nuits de Samonios ». Il faut cependant rester prudent : le calendrier de Coligny atteste Samonios, mais ne démontre pas à lui seul l’existence d’une fête gauloise des morts ou des ancêtres identique au Samhain irlandais.
Le thème des ancêtres reste néanmoins particulièrement cohérent avec ce moment du cycle : entrer dans la période sombre, c’est se tourner vers ceux qui ne sont plus visibles mais dont la mémoire demeure au sein de la communauté. La fête peut ainsi être comprise autour de trois dimensions étroitement liées : le passage dans la saison sombre, la mémoire des ancêtres et le renouvellement du cycle.
Enfin, il faut éviter d’identifier automatiquement Samonios à notre 1er novembre : le calendrier de Coligny est luni-solaire et ne correspond pas directement à notre calendrier actuel.

Sujet de la fête : le retour de la lumière au cœur de la période sombre
Généralement connu sous Alban Arthan
Le solstice d’hiver marque la nuit la plus longue et le moment où le Soleil atteint son point le plus bas dans sa course annuelle. La fête célèbre le retour de la lumière : à partir de cet instant, presque imperceptiblement, les jours recommencent à croître. C’est donc au cœur même de l’obscurité que s’amorce le renouveau solaire.
Pour autant, la période sombre n’est pas terminée. L’hiver est encore là, les réserves doivent permettre de tenir jusqu’au retour des beaux jours et rien ne garantit encore ce que seront les mois à venir. Pour les sociétés anciennes fortement dépendantes de leur environnement, cette période devait nécessairement être porteuse d’interrogations : l’hiver sera-t-il long ? Les réserves seront-elles suffisantes ? Le printemps reviendra-t-il favorablement ? Les récoltes futures permettront-elles à la communauté de prospérer ?
Le solstice porte ainsi une double dimension : l’espoir puisque la lumière revient, mais aussi l’incertitude puisque l’avenir demeure invisible. La lumière renaissante n’est encore qu’une promesse.
Le nom Alban Arthan appartient toutefois à la tradition bardique galloise moderne et non au vocabulaire religieux attesté de la Gaule antique. Dans une approche continentale, c’est avant tout le phénomène astronomique qui constitue le repère : au plus profond de la période sombre, la lumière cesse de reculer et commence son lent retour.

Imbolc est un nom irlandais. Aucun équivalent Gaulois certain de cette fête ne nous est parvenu. Sa fixation moderne autour du 1er février ne doit donc pas être projetée telle quelle sur la Gaule antique.
Dans une société rurale, la sortie de l’hiver dépendait beaucoup plus des conditions réelles du milieu que d’une date abstraite : retour progressif de la lumière, état des troupeaux, dégel progressif, baisse des réserves alimentaires, selon les régions apparaissent les premières pousses, température et préparation des outils liés aux activités agricoles.
La fête peut ainsi être comprise comme celle du réveil perceptible du vivant. Le moment précis de cette transition pouvait nécessairement varier selon les années et les régions.

Plus connu sous Alban Eilir.
À l’équinoxe de printemps, le jour et la nuit retrouvent une durée sensiblement égale. Le Soleil se lève alors pratiquement à l’Est vrai et se couche à l’Ouest vrai.
C’est un moment d’équilibre, mais surtout de passage : la période claire prend progressivement le dessus sur la période sombre et la végétation reprend son développement.
Alban Eilir, « Lumière de la Terre », est là encore une appellation galloise du renouveau druidique et non un nom gaulois connu.
Dans une lecture symbolique, l’équinoxe peut représenter l’instant où ce qui demeurait latent devient visible : germination, croissance et retour de l’activité du vivant.
LA PERIODE CLAIRE
Beltaine est également une appellation irlandaise, le nom Gaulois est inconnu.
Traditionnellement placé au 1er mai dans les calendriers modernes.
Nous ne possédons pas de nom gaulois assuré permettant d’affirmer que les populations de Gaule célébraient à cette date une fête portant le même nom et exactement la même signification.
Le début de la période claire devait cependant constituer un moment important pour des communautés agricoles et pastorales : croissance rapide de la végétation, pâturages disponibles, déplacements des troupeaux et reprise intense de l’activité extérieure.
Explosion des couleurs autour du jaune et du vert, période faste des amours tant dans le monde animal que chez les humains
Là encore, le climat et l’état réel de la nature fournissent un repère probablement plus pertinent qu’une date moderne rigoureusement fixe. C’est bien au mois de mai que les dernières gelées se tiennent

Plus connu sous Alban Hefin
Le solstice d’été correspond au maximum annuel de la lumière : le Soleil atteint sa plus grande hauteur et le jour sa durée maximale. Mais ce sommet contient déjà son propre retournement puisque, dès les jours suivants, la durée du jour commence à diminuer.
Alban Hefin, généralement traduit par « Lumière du rivage », appartient également à la terminologie galloise moderne. La force symbolique du solstice tient précisément à ce paradoxe : au moment où la lumière paraît triompher totalement, son déclin commence.
Au delà de ce symbolisme Gallois, le moment se présente comme une porte solsticiale, le passage entre les feux et l’annonce de récoltes à venir.
Il rappelle ainsi que les cycles naturels ne connaissent ni victoire ni défaite définitives, mais une succession permanente de croissance, d’accomplissement et de décroissance.

C’est le mois des premières moissons.
Lughnasadh est le nom irlandais d’une fête traditionnellement placée au 1er août et associée à Lugh dans sa version irlandaise. La date correspond au calendrier moderne sans lien avec le calendrier celtique.
Le dieu continental Lugus est bien attesté par l’épigraphie et la toponymie, mais cela ne permet pas de transférer automatiquement la fête irlandaise et son nom dans la religion gauloise.
L »été correspond naturellement au temps des premières grandes récoltes : céréales mûres, moissons, constitution des réserves et rassemblements communautaires. Ici encore, la réalité agricole commande davantage que le calendrier : une moisson ne commence pas parce qu’arrive le 1er août, mais lorsque les céréales sont mûres, ce qui varie selon le climat, l’altitude, la latitude et les conditions de l’année.
La fête des récoltes est donc d’abord celle d’un moment du cycle naturel, avant d’être celle d’une date.

Plus connus sous Alban Elfed
L’équinoxe d’automne constitue le second équilibre annuel entre le jour et la nuit. Comme au printemps, le Soleil se lève approximativement à l’Est et se couche à l’Ouest.
Mais le mouvement est cette fois inversé : les nuits deviennent plus longues que les jours et le vivant entre progressivement dans une période de ralentissement. Alban Elfed, « Lumière de l’eau », est lui aussi un nom provenant de la tradition galloise moderne.
Symboliquement, cette période invite davantage au bilan : les fruits sont arrivés à maturité, les réserves sont constituées et la nature commence son retrait. Après l’expansion vient le temps du retour vers l’intérieur.
Au- delà de ce symbolisme gallois c’est la réalité de la rentrée de toutes les récoltes céréales et fruits. Un moment de fête ou d’inquiétude en fonction de ce qui est rentré.

